Coaching sportif : est-ce indispensable d'être présent sur Internet et les réseaux sociaux dans le secteur du fitness.

Faire du coaching sportif en ligne, avoir un site Web, son profil Insta, sa chaîne Youtube, sa page pro sur Facebook, son CV LinkedIn… bref être « présent sur les réseaux sociaux » et exister sur Internet en général peut sembler une obligation à l’heure actuelle pour exercer le métier d’éducateur sportif.

Alexandre Damiani, coach sportif diplômé du BPJEPS AGFF (le prédécesseur du BPJEPS activités de la forme) et philo-analyste nous livre son avis.
Selon lui, dans le fitness, la présence sur le net non seulement n’est pas du tout une obligation qui tombe sous le sens, mais même, parfois, une mauvaise idée.
Son analyse nous conduit vers un questionnement sur nous-même et sur la façon avec laquelle nous allons révolutionner notre métier d’éducateur sportif… avec ou sans le web.

L’équipe éditoriale

Réussir son BPJEPS : livret gratuit Quelles démarches après le BPJEPS ? Idéal pour démarrer votre carrière de coach sportif dans le secteur du fitness.

Coaching sportif via Internet, un outil 

En effet, tout dépend, pour le coaching sportif via le Web, non pas du service que vous proposez, mais de pourquoi vous le proposeriez. Si vous êtes né dans les années 90, ce qui a des chances d’être le cas si vous êtes un peu avant, pendant ou juste après le diplôme, Internet vous apparaît comme une évidence.

Or, même si le référentiel du diplôme BPJEPS AF stipule que l’éducateur sportif “peut être amené(e) à mettre à jour un site Internet” et “à utiliser les nouvelles technologies de communication”, il n’en est rien.
Autant le métier de Web designer ne pouvait pas exister sans Internet (sans déconner ? Bravo Einstein !), autant le métier de coach sportif, si – et il existait déjà avant. Si j’en parle avec d’autant plus de certitude, c’est que je suis dans ce cas.

Je suis éducateur sportif, diplômé du BPJEPS AGFF mentions cours collectifs et musculation et haltérophilie. En dehors de ma présence sur le blog « Réussir son BPJEPS » et du choix de travailler avec certains clients éloignés en vidéoconférence pour des séances de remise en forme, je n’ai ni site Internet, ni présence d’aucune sorte sur aucun réseau dit social (pas même linkedIn qui est un réseau professionnel).

Je précise qu’il s’agit d’un choix délibéré de ma part et non d’une obligation. En tant que preuve vivante (et nous sommes en fait assez nombreux) que la présence sur le Web n’est pas une obligation pour réussir dans les métiers de la forme, j’ai donc quelques points à éclaircir qui pourraient vous éviter de vous prendre la tête avec Internet si vous n’en avez ni l’envie ni le besoin.

Le métier de coach sportif est un métier de contact. Est ce indispensable d'être sur le Web pour réussir dans le fitness?

Coach sportif : un métier de contact

Dans un métier de services à la personne comme celui de coach sportif, prof de yoga ou de Pilates ou encore professionnel du sport santé, même si la présence sur Insta ou Facebook semble tout rendre plus simple, le contact humain est irremplaçable.

Vous aurez plus de mal à vous vendre cher, par exemple, par un discours avec un inconnu via Internet, qu’en vrai. Et bien sûr le coaching sportif à distance par la suite rendra impossible toute une partie du métier, celle où votre présence concrète est indispensable.
C’est comme apprendre la guitare par un logiciel, c’est bien gentil, mais à un moment donné, pour apprendre à jouer de la guitare, il faut jouer de la guitare – avec un prof juste à côté, c’est mieux.

Vous me direz, « oui Alex, mais c’est quand même super important d’être visible sur Internet en tant que professionnel du fitness avec un statut indépendant, sinon, comment allons-nous trouver des clients ? ». 

Déjà, je vous trouve bien polissons de m’interpeler de la sorte – ça va parce que c’est vous 😊.

Plus sérieusement, être coach sportif « visible sur Internet » n’est pas forcément une nécessité, juste un réflexe ! Je m’explique.

Tout dépend du profil de vos clients

Réfléchissez-y. Les personnes âgées, les gens qui vivent à la campagne là où il n’y a pas de salle de fitness et qui ont justement besoin d’un professionnel de la remise en forme pour compenser, mais qui n’ont pas forcément un accès internet ultra-performant (les zones blanches, ça existe encore en France… Et les endroits où on plafonne à 200 ko/s aussi), les gens qui n’ont pas le temps de trier les infos sur Google, ceux qui ne font pas confiance parce que « sur Internet y a tout et n’importe quoi »… Ça en fait des gens qui ne veulent ni ne peuvent vous découvrir si vous êtes sur la Toile !

Des gens qu’il faut donc aller rencontrer en vrai pour qu’ils sachent que vous existez et ce que vous avez à vendre, que vous prépariez les athlètes pour un triathlon ou que vous soyez spécialisé dans le Pilates ou le stretching.

À ce sujet, je vous renvoie sur l’article de Victorine Perdereau, qui nous livre sa recette de maillage de territoire, pour réussir dans le coaching à domicile.

Coach sportif indépendant présent sur le web : la course au clic. Il doit consacrer beaucoup de temps et d’énergie à se différencier de la pléthore de concurrents.

La course au clic

En allant là où vont tous les éducateurs sportifs, sur la toile, vous devrez consacrer beaucoup de temps et d’énergie à vous différencier de la pléthore de concurrents.

Là, pour un professionnel de la remise en forme, l’utilisation d’Internet montre son mauvais visage : l’obligation de faire ce qui génère des clics, la course à la visibilité comme fin en soi, l’effet célébrité des Youtubeurs… Or nous ne faisons pas un métier d’animateur dans l’audiovisuel, mais d’éducateur sportif.

Le coaching sportif en ligne a aussi provoqué ça : nous connaissons tous Tibo Inshape

Ok.

Et le préparateur physique de l’actuel champion du monde de culturisme, de concours de force ou de gymnastique aux anneaux, vous savez son nom… ?

Or, lequel des deux a des chances d’être le professionnel du coaching sportif le plus pertinent ?

Voilà.

On n’a plus connaissance de l’existence des professionnels du fitness en fonction de la force de leur compétence, mais de celle du projecteur virtuel braqué sur eux.

D’où ma réaction.

Être sur internet, ça a un coût

Tant que j’y suis, évoquons ce « détail » : être sur Internet est CHER. La présence sur le web COMMENCE par vous coûter de l’argent avant de vous rapporter quoi que ce soit, que vous choisissiez de passer par un prestataire extérieur ou d’y passer du temps.

Un site Web pour un éducateur sportif indépendant, c’est au grand minimum un millier d’euros par an à faire tourner, et là je parle vraiment du mode minimaliste. Si vous voulez un beau site, bien référencé, actualisé, « qui claque », vous allez soit devoir, pour vous développer sur le Web, vous payer un Web designer, un administrateur, un community manager, etc. (et là on parle plutôt de plusieurs milliers d’euros par mois), soit faire tout ça vous-même. Autrement dit, ce que vous ne payerez pas en argent, vous le payerez en temps que vous passerez à faire autre chose que coacher des clients. Donc c’est bien gentil, mais ça ne fait pas rentrer de tréso.

C’est également vrai pour les réseaux type Insta, Tik Tok, snapchat et autre Facebook. Actualiser sa présence sur ces différents réseaux sociaux rapporte peut-être de l’argent plus tard, mais vous prend du temps donc de l’argent chaque jour et ça c’est sûr et tout de suite.  La seule chose que cela rapporte à l’instant T, ce sont des « likes », des « followers », etc. Essayez de payer EDF en « pouces verts » en leur expliquant que vous êtes suivi par 17 000 personnes sur Insta et que c’est « comme de l’argent, ça va arriver », vous verrez ce qui se passe ! 😉 Donc… Ce n’est pas si simple et évident qu’on le dit !

Savoir différencier investissement et dépense

Encore une fois, si c’est un investissement bien pensé, ce qui est bien différent d’une dépense, la présence sur le web comme outil pour exercer le métier de coach sportif EST une bonne idée. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit !

Certains font des fortunes dans le coaching sportif ou diététique en ligne et tant mieux pour eux, c’est souvent mérité. Ce n’est pas Internet en tant que tel avec sa baguette magique qui a provoqué ça, c’est le travail acharné qu’il y a derrière et qui est passé par le tuyau Internet pour toucher beaucoup de monde et donc devenir riche – pour certains.

On aurait pu passer par d’autres tuyaux, parce qu’il y en a d’autres.

Coaching sportif en ligne : savoir différencier dépense et investissement.

Coaching sportif via internet, un outil… À double-tranchant !

Les moyens à l’ancienne à l’épreuve des épreuves

Je vais faire mon « vieux con » cinq minutes (Je vous ai entendu penser « si seulement c’était que cinq minutes, Alex », hein ! 😊). 

Le coaching sportif en ligne et la présence professionnelle sur les réseaux sociaux attirent l’œil parce que tout va vite, fort, loin, et on touche beaucoup de gens. En fait, c’est comme crier face à une foule avec un mégaphone et penser qu’on a fait la même chose que parler avec chacun des membres de la foule individuellement en apprenant à le connaître, en se disant que dans les deux cas, la personne, « on lui a parlé ». 

Personnellement, j’ai préféré m’imprimer des bons vieux flyers à l’ancienne et des cartes de visite que je suis allé donner autour de chez moi, dans mon petit village du Jura, quand je me suis lancé comme coach sportif indépendant.

Je ne vous raconte pas les moqueries et les « bons conseils » sur mon « manque d’ambition » reçus de toute part à l’époque par tous les grands entrepreneurs auto-proclamés et tous plus spécialistes du fitness en ligne les uns que les autres…

Cependant, un client venait, prenait confiance, me recommandait à son voisin, qui en parlait à son fils, etc. Et toute la différence était là : le contact était incarné, pas virtuel comme les échanges sur les réseaux sociaux. Beaucoup peuvent se dire que c’est penser « petit »… Mais c’est le contraire. C’est la présence sur les réseaux sociaux en tant qu’idole que l’on vénère sans réfléchir qui traduit un « penser petit ». Bien sûr, énormément de gens sont partis du principe qu’une voix dans le désert ne pouvait pas avoir raison face à la foule qui dit l’inverse…

Sauf que voilà.

Le covid 19, révélateur de performance

À l’heure où j’écris ces lignes, nous sommes en pleine crise de Coronavirus. La France est confinée, les salles de fitness sont fermées, et nous n’avons pas l’autorisation de rencontrer nos clients pour exercer notre métier de coach sportif.
Devinez qui a pu passer 80 % de son activité en télé coaching et n’a pas besoin de l’aide forfaitaire de 1500€ du gouvernement pour les indépendants, parce qu’il n’a pas divisé par deux, mais doublé son chiffre d’affaires entre mars 2019 et mars 2020 ? 

Alors bien sûr, je me sers des dispositifs offerts par le Web puisque j’ai remplacé le contact direct par des vidéo-conférences. Je me sers des outils disponibles de mon époque – évidemment ! Je ne vais pas envoyer des pigeons-voyageurs à mes clients avec des Kettlebells accrochées aux pattes, vous imaginez les pauvres bêtes ? 😉

Si je n’avais pas créé dès le début un VRAI lien humain avec mes clients, et que depuis le début nous n’étions que dans un rapport professionnel / client via Internet par du coaching sportif en ligne, je les aurais perdus pendant cette crise, comme beaucoup de mes confrères qui n’ont plus du tout de clients en ce moment. Et là, Internet ne m’aurait servi à rien du tout, parce que je n’aurais rien eu de concret et solide, sur des bases humaines tangibles, à virtualiser par obligation à cause du confinement.

Alors bien sûr, si vous êtes un prof de fitness star du Web, un confinement ne change rien pour vous, au contraire, vos clients tout comme vous sont encore plus qu’avant devant leur ordinateur, et ça, c’est bon pour le coaching à distance. Mais si vous êtes dans le 99,99 % des cas où vous n’êtes PAS Tibo Inshape, mais juste un coach parmi d’autres qui utilise le coaching en ligne pour trouver des clients et qui doit se battre chaque mois pour ramener son salaire, eh bien… Voyez ce qui se passe en ce moment et le nombre de coachs sportifs micro-entrepreneurs qui risquent malheureusement de finir dans la sciure.

Et là, Facebook, Instagram, Pinterest ou ce que vous voulez ne remplira pas en soi votre frigo.

Fin de ma plaidoirie.

coaching sportif via internet : le contact humain est essentiel. Facebook, Instagram, Pinterest ne rempliront pas votre frigo.

Prenez ce qui marche, jetez ce qui ne marche pas, ajoutez ce qui est vôtre

Ce sont quasiment les mots exacts de Bruce Lee quand on lui a demandé comment s’y prendre pour pratiquer l’art martial qu’il avait formalisé, le Jeet Kune Do.

Mon conseil avec toutes ces histoires de coaching sportif en ligne, de présence sur les réseaux ou de création ou non de votre site Web est le même. Je ne suis pas là pour choquer en critiquant pour critiquer, dans l’espoir d’attirer l’attention, mais pour vous rappeler que pour un éducateur sportif, Internet n’est qu’un outil, pas une entité avec sa vie propre qui devrait s’autonomiser. Sinon, vous risquez de mourir étouffé derrière les solides murs de briques que vous aurez montés pour vous défendre.

Comme tous les sujets que j’ai essayés de traiter dans les précédents articles, cette question de l’obligation ou non d’avoir son site Web pour développer son activité de coach sportif indépendant, qui a été posée par les lecteurs du site (merci Laura) n’est pas une question séparée des autres. Elle renvoie à une stratégie globale, à l’existence d’un Business Plan, au fait d’avoir réfléchi à qui l’on est et comment l’on souhaite exercer son métier et pourquoi.

Coaching sportif : Internet ou pas ? Cette question renvoie à une stratégie globale, à l’existence d’un Business Plan. La crise sanitaire et des mesures de distanciation sociales sont une opportunité pour réfléchir à comment réinventer votre métier de professionnel de la remise en forme.

La crise sanitaire, l’opportunité de réinventer son métier de coach sportif

Comme toujours, pour l’utilisation du Web pour se développer dans le fitness, comme pour tous les autres sujets, je ne cherche pas à prendre le contre-pied de la tendance générale pour faire mon intéressant ou dire « faites comme moi », mais bien plutôt à toujours vous montrer que les choses ne sont pas si simples.

Chaque cas est particulier et doit être creusé séparément, il n’y a jamais de réponse de type « noir ou blanc ».

Je vous souhaite de continuer à coacher en ligne, et de profiter de l’opportunité de la crise sanitaire et des mesures de distanciation sociales pour réfléchir à comment réinventer votre métier de professionnel de la remise en forme. Parce qu’avec ce que nous sommes en train de vivre, qu’on le veuille ou non, il sera révolutionné.

« Quand survient le malheur, le Samouraï doit s’en réjouir et saisir la chance qui lui est ainsi offerte de mettre à profit son énergie et son courage. Une telle attitude diffère radicalement de la simple résignation. Quand les flots montent, le bateau s’élève… » Jōchō Yamamoto.

Réussir son BPJEPS : livret gratuit Quelles démarches après le BPJEPS ? Idéal pour démarrer votre carrière de coach sportif dans le secteur du fitness.