Ah la musique… Voilà un élément incontournable du métier et qui va de pair avec la notion de sens du rythme. Et pour beaucoup de coachs sportifs, elle est un outil puissant qui transporte et fait vibrer. En effet, elle a cette faculté incroyable de nous procurer des émotions extrêmement intenses qui décuplent les sensations, tant en fitness qu’en musculation. Et ça, c’est tout simplement jouissif !

Livret gratuit à télécharger :

Musique et rythme : partisan ou détracteur ?

Mais si pour certains d’entre nous, bouger en musique rime indubitablement avec « joie du mouvement »[1], elle peut aussi être synonyme de cauchemar pour d’autres… Partir sur le 1, sentir le M musical, anticiper la fin du bloc et son fameux décompte : autant de concepts qui ne parlent pas à tout le monde.

Mais pourquoi au juste ? Qu’est-ce
qui détermine qu’un coach va « avoir la musique » ou non ?
Existe-il
quelques trucs et astuces pour remédier à cette difficulté ? Je vous avoue
que cet écart entre les coachs (et de manière plus générale, entre les
êtres humains en transe sur le dancefloor) m’a toujours questionnée. J’ai donc (enfin)
décidé d’investiguer sérieusement sur la question… Et j’ai appris des choses
fascinantes, que j’ai grand plaisir à vous partager (modestement) aujourd’hui, au
travers de cet article. Allez : en avant, maestro !

« Avoir la musique » ou « avoir le sens du rythme » ?

Avant toute chose, il convient de bien définir ce dont on parle. Le jargon populaire, largement répandu dans le milieu sportif, qui consiste à dire « avoir la musique » ne veut pas dire grand-chose en réalité d’un point de vue purement mélomane. N’ayons donc pas peur d’être un chouïa plus précis, si vous le voulez bien. Si l’on part du postulat que la musique est, selon le Larousse, une « science des sons considérés sous le rapport de la mélodie et du rythme », on parlera plus volontiers de « sens du rythme » du fait que celui-ci est une « cadence à laquelle s’effectue une action, un processus ». Tiens, tiens, tiens … Il semblerait que l’idée de la mystérieuse, mais non moins célèbre, « relation musique-mouvement » émerge.

La relation musique-mouvement

Car c’est bien là que le bât blesse pour le coach sportif : ce qui est souvent recherché comme compétence-clef dans l’option cours collectifs, c’est le fait de savoir mêler harmonieusement le geste à la musique.  Et ce n’est pas moi qui le dit, mais bien le référentiel officiel de certification du BPJEPS AF, qui indique noir sur blanc que l’éducateur sportif « choisit ses musiques et les utilise à bon escient » et « peut être amené à travailler sur le relief musical ».

Quelle est donc la base de
cette compétence? Tel un métronome, il s’agit pour l’animateur fitness de trouver
la pulsation
, c’est-à-dire de battre la mesure avec son corps. En d’autres
termes, de transcrire visuellement ce qui se passe auditivement. Et ce
n’est pas une mince affaire… Car pour être en capacité d’exprimer physiquement
le fameux « BPM » (ou « beats per minut », qui caractérise la
vitesse d’une musique), encore faut-il pouvoir l’entendre.

Vous êtes un de ces coachs qui a du mal à percevoir, voire qui ne comprend carrément pas le BPM ? Soulagement suprême : vous êtes loin d’être seul, et ce trouble a une explication scientifique qui s’appelle l’amusie !

Qu’est-ce que l’amusie… Et quid de son lien avec la musique et le rythme ?

Dysfonctionnement
de l’appareil auditif ?

Nous
connaissons tous des personnes qui sont incapables de bouger en rythme. Tous.
Peut-être même que vous en faite partie. Et je vous le dis sincèrement :
ce phénomène m’a toujours semblé curieux car, pour ma part, la musique est
instinctive
. Je peux vraiment affirmer, sans prétention aucune, que j’ai
clairement le rythme dans la peau : dès la première note, mon corps
entier réclame le besoin de se mettre en mouvement et de « suivre le
flow ». C’en est presque viscéral : il ne se passe pas une journée
sans que j’éprouve le besoin de bouger sur le son.

Oui
mais voilà : force est de constater que nous n’avons pas tous été dotés
de la même acuité auditive en termes d’appréciation musicale
. En témoigne
ma mère qui, tout en étant une férue inconditionnelle de musique, est tout à
fait incapable de frapper des mains en rythme. Elle est toujours à contre-temps
la pauvre, c’est tellement triste ! On pourrait se dire que c’est parce
qu’avec les années, elle devient sourde comme un pot… Mais non. D’aussi loin
que je me souvienne, elle a toujours été en décalage sur la musique.
L’amusie ne vient donc pas d’un dysfonctionnement de l’appareil auditif… Mais d’une
altération du traitement de l’information musicale, soit d’un trouble
neurologique.

Un trouble neurologique complexe…

L’amusie
(et plus spécifiquement, le fait de témoigner d’un sens du rythme tout à fait
perfectible) trouverait son origine au niveau de deux régions cérébrales
précises : le cortex auditif et le cortex frontal, surtout dans l’hémisphère
cérébral droit.

Cette explication a pu être trouvée par les scientifiques grâce à une mesure du champ magnétique émis par les neurones à la surface de la tête. Cette méthode a permis de montrer qu’en cas d’amusie, l’encodage d’une note de musique est retardé de 100 millisecondes. Cet effet est notamment lié à un déficit de matière blanche, dont l’un des constituants essentiels, la myéline, permet au signal nerveux de se propager rapidement.

… Qui s’exprime par un certain type de surdité!

Cela étant posé, il est important de connaitre les différentes formes d’amusie. Celles-ci sont catégorisées en plusieurs type de « surdité », qui peuvent être isolées ou conjointes :

  • La tonale (jugement des différences de hauteur),
  • La mélodique,
  • La rythmique,
  • Et enfin la surdité de timbre (reconnaissance d’un instrument ou d’un groupe d’instruments).

A la lecture de cette classification, il semblerait que les  coachs qui éprouvent une difficulté avec la musique soient victimes de surdité rythmique. Cet élément peut probablement en rassurer certains d’entre vous qui se reconnaissent dans ces lignes : oui oui, votre galère porte un nom, et elle a été scientifiquement prouvée !

La musique : un sujet d’étude qui questionne depuis longtemps…

Le trouble neurologique de l’amusie a été détecté pour la première fois en 1878, par l’écrivain d’origine canadienne Grant Allen. Son article Note deafness, publié dans la revue britannique de l’époque Mind, apporta l’éclairage suivant : « Nombre d’hommes et de femmes sont incapables de distinguer clairement deux notes quelconques séparées par moins d’une demie octave environ (voire plus). C’est à cette anomalie que je me suis permis de donner le nom de « surdité aux notes ».

Mais ce n’est que récemment que diverses études ont été menées pour tenter d’expliquer ce déficit.

… Et qui n’a pas fini de faire parler de lui !

En effet, l’amusie fascine les scientifiques, et beaucoup d’entre eux se penchent sur la question, parmi lesquels :

Je pourrais citer bien d’autres références[2], tant la question de l’amusie intrigue les foules… Mais cela nous prendrait des heures ! Je me permets toutefois un dernier ajout, qui sera sans nul doute bien utile à ceux qui ne maitrisent pas (encore) la langue de Shakespeare.

Amusie congénitale ou acquise ?

Revenons à nos moutons et à ce qui nous intéresse le plus dans cette histoire d’amusie : maintenant que la science a parlé, une chose est sûre… Il est grand temps de cesser de culpabiliser les coachs souffrant d’amusie. Ce n’est pas de leur faute ! Cette mauvaise synchronisation entre leur rythme biologique et les stimulis sonores extérieurs n’est pas lié à un manque évident de bonne volonté. Et ce n’est pas pour autant que leur carrière est vouée à l’échec… Quand on voit ce qu’ont accompli certains grands de ce monde tels que Théodore Roosevelt ou Che Guevara en dépit de leur amusie respective… Il y’a de quoi reprendre espoir. Imaginez-vous: l’illustre Beethoven lui-même était sourd!

Mais tous ces coachs sont-ils réellement atteints d’amusie… ? Ou plutôt devrais-je dire : l’origine de l’amusie est-elle obligatoirement génétique ? En d’autres termes : ce dysfonctionnement s’inscrit-il dans le marbre, auquel cas il n’y aurait pas grand-chose à y faire ? Ou existe-t-il au contraire, une forme d’amusie acquise au caractère non-rédhibitoire ?

J’aurais tendance à répondre que j’ai horreur du fatalisme… Et ça tombe bien car, bonne nouvelle : on estime que seuls 4 à 5% de la population mondiale souffrent de cette fameuse anomalie de la perception musicale. L’amusie est donc peu répandue en réalité… Ce qui fait que ce trouble rare peut être congénital ou non, c’est-à-dire présent dès la naissance ou développé au cours de votre vie. Dans quel cas ?

Musique et amusie culturelle

On dénombre deux formes d’amusie acquise : celle déclenchée par une lésion cérébrale (comme un AVC par exemple), et celle provoquée de manière culturelle. Pour la plupart des auteurs qui ont écrit sur le sujet, l’amusie culturelle résulte d’une absence de toute stimulation musicale dans la petite enfance. Ceci explique cela comme dirait l’adage… Je comprends mieux pourquoi le fait d’avoir le sens du rythme est si naturel chez moi !

Je dois vous dire que je ne viens absolument pas d’une famille sportive… Mais artistique. Ma vie de petite fille, c’était comme qui dirait… Une sorte de sound-system permanent : entre les disques qui tournaient en boucle à la maison, les concerts où me bringuebalaient mes parents et le conservatoire où je révisais mon solfège et mes premiers pas de danse, on peut dire que j’ai été très sensiblement exposée à un univers empreint de musique. D’où mon amour incommensurable pour cet art qui me procure un bonheur sans faille.

Quelques astuces pour ne plus être fâché avec la musique et le rythme

Parfait me direz-vous… Et nous ? Nous, pauvres hères, qui n’avons pas eu la chance d’hériter d’un solide bagage nous permettant de développer cette aptitude musicale dès le plus jeune âge : que faisons-nous ? On reste sur le carreau, c’est ça ? Mais point du tout… J’ai une autre bonne nouvelle pour vous : non seulement vous n’êtes pas le seul coach à avoir ce problème, mais je vais même vous livrer un petit secret… ll y’a des formateurs en fitness qui sont dans la même situation que vous ! Si si, je vous assure. Il y’en a d’ailleurs une que vous connaissez bien… C’est Laurence Broussier ! Et grâce à une série de conseils avisés tirés de sa propre expérience, vous allez pouvoir vous améliorer. Franchement, elle est pas belle la vie ?

Une passion, deux parcours

Laurence, c’est un peu (beaucoup) l’inverse de moi en termes d’éducation musicale. Pendant que je m’attachais à répéter soigneusement mes chorégraphies devant un miroir, Laurence s’amusait plutôt à grimper aux arbres et à faire des passes sur les terrains de handball. Autant dire que l’apprentissage de la relation musique-mouvement a été rude, puisqu’il a fallu partir de zéro à… Presque 40 ans !

Mais qu’à cela ne tienne : Laurence est persévérante et elle a su, avec courage et méthode, pallier ce handicap pour que ça n’entrave pas son rêve d’être coach sportive. Mais comment a-t-elle fait au juste ? Voici les principaux axes sur lesquels elle vous recommande d’orienter votre progression.

Travailler beaucoup… beaucoup, beaucoup !

Et oui, sans surprise : pour gagner du terrain sur le rythme et la musique, il faut répéter sans relâche pour que ça rentre. Comme dit le proverbe brahman : « La chance aide parfois, le travail toujours ». Alors pas de place pour l’improvisation, ni pour le hasard : vous avez tout intérêt à préparer votre cours ! Et cela passe par le fait de :

  • Réécouter de nombreuses fois sa musique, d’abord sans bouger avec les yeux fermés, puis en se mettant en mouvement,
  • Découper cette même musique sous forme de script, afin de mieux visualiser la manière dont elle est construite,
  • Connaitre sa pédagogie sur le bout des doigts, c’est-à-dire d’anticiper toutes les transitions et consignes qui seront données aux pratiquants.

Se connecter à soi-même

  • Activer le mode « double-observateur » en scindant le cerveau en deux parties :
    • Une qui se focalise sur la prise en charge des pratiquants,
  • De caler sa respiration sur le rythme de la musique, pour :
    • Avoir un mouvement fluide et léger,
    • Dégager une attitude plus sereine et confiante,
  • Se mettre en lien avec tous ses sens par :
    • Le visuel : en se représentant le script de la musique dans sa tête, comme en imagerie mentale,
    • L’auditif : en faisant abstraction des paroles pour mieux saisir les subtilités de la musique choisie,
    • Le kinesthésique : en s’ancrant dans le sol pour mieux prendre conscience de son schéma corporel et être plus efficace dans le geste effectué.

Prendre son temps

Et oui… Au même titre que Rome ne s’est pas faite en un jour, il vous faudra du temps pour pratiquer ces conseils en musique et en mesurer les effets sur votre sens du rythme. Mais patience mes chers petits padawans… Les efforts finissent toujours par payer !

Et n’oubliez pas que si vous avez besoin d’un petit coup de boost supplémentaire, vous avez la possibilité de contacter directement Laurence qui se fera un plaisir de vous aider.

Et qui sait ? Peut-être qu’à force de flirter intimement avec la musique, vous parviendrez à développer un sens du rythme assez incroyable. Alors… Joueur ou pas ? Quoi qu’il en soit, le défi est lancé : « je pose ça là » ! 😉

Livret gratuit à télécharger :


[1] Dixit “Mama” Léna Koury, l’une des fondatrices de La Gym Suédoise, (aujourd’hui devenue Swedish Fit), entité emblématique grâce à laquelle j’ai réalisé mon rêve de devenir coach sportive.

[2] Comme cette thèse d’Antoine Brionne et ce dossier “Musique et cerveau” qui sont absolument passionnants, et que je vous invite vivement à parcourir si vous en avez le temps.